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jesuisdansunbuilding [2013/09/16 23:09]
noetir
jesuisdansunbuilding [2013/10/10 01:08] (Version actuelle)
noetir
Ligne 1: Ligne 1:
 +====== Building ======
  
 + \\
 +\\
 +\\
 +\\
 +
 +Je suis dans un building, je regarde la rue par la fenêtre d'un appartement banal. \\
 +Je suis compacté par une foule d'​hommes. Il y a aussi des femmes. c'est plein.\\
 +Je suis commun. C'est à dire communément admis, le groupe est une réalité. \\
 +Je suis un autre comme tout les autres. Je m'​intègre. Je suis dans un building.\\
 +Je ne parle pas. Communication zéro. Je suis là, c'est tout. On ne me remarque pas.\\
 +Je possède une fausse carte d'​identité. Je bois un whisky soda avec la vague impression \\
 +d'​être quelqu'​un. J'​observe. J'ai peur. Je me cache. j'​imite ces gens. Je suis un fugitif.\\ ​
 +Je suis dans un building.\\
 +Je suis coupable.\\
 +\\
 +Je marche sur le toit d'un building. Ils m'ont trouvé. A bout de souffle, je sors une boite. \\
 +Je cherche une cigarette. Je l'​allume. J'​inspire. Mes poumons se déchirent. Je tousse. \\
 +Je me calme - un peu. Je m'​accroupis. Je me relève. Je ne peux pas vivre en prison. \\
 +Je ne sais pas si ça s'​appelle "​vivre",​ vivre en prison. Je ne sais pas si ça a un nom.\\
 +Je n'irai pas là-bas, et pourtant je suis déjà ici. Je prends une décision. Je me ravise, \\
 +c'est risqué, je doute. J'​aspire une bouffée. je transige trop. Je marche sur le toit d'un \\
 +building. Je décide. Je deviens ferme. Je tranche. Je m'​assieds et je surveille la porte.\\ ​
 +J'​entends du bruit. Je tripote nerveusement un objet froid dans la poche de mon si vieux manteau.\\
 +Je le saisis. Je pointe la porte. J'ai un glock dans la main. Il est chargé. Je suis armé.\\
 +J'ai un doigt sur la gâchette.\\
 +\\
 +J'ai des trous dans le corps. J'ai nié. J'ai refusé. Foutu orgueil. J'ai tiré. Eux aussi.\\
 +Je suis aveuglé par ce que je ne veux pas voir. Je ne veux pas vivre en prison. \\
 +Je tranche. Je suis là, c'est tout. \\
 +Je suis commun. J'​inspire. Je me calme. Mes poumons se déchirent. Je suis là.\\
 +C'est risqué. Je hurle. Je me disloque. On m'a lardé. Je vagis. Je ne comprends pas. \\
 +Je glapis. Mes mots se barrent. Foutu orgueil. Je suis là, c'est tout. \\
 +Je cours sur le toit d'un building.\\
 +\\
 +\\
 +Il se réveille. C'est lui.\\
 +\\
 +\\
 +Il pense être ailleurs, loin, il se sent en sécurité. il est au milieu de la chambre, il \\
 +bougeotte, il tremblotte. Il ressemble à un épileptique. Il n'est pas vide. il murmure.\\
 +"Je ne suis pas vide."​\\
 +Il a bu. Il a la fibre musicale, le rythme dans la peau, le titubement dansant. \\
 +Il murmure.\\
 +"Je ne suis pas vide."​\\
 +Il s'​immobilise. Il s'​assied sur le sol. Il étreint ses tibias, serre ses pieds. Il se condense.\\
 +Il reste comme ça, dans cette même position, un moment.\\
 +Puis il rampe, il est physiquement identifiable.\\
 +De type européen, il est brun, il garde ses cheveux courts, presque tondus. On aurait \\
 +tendance à penser que sa figure est émaciée. Il aime se persuader qu'il a des traits \\
 +comme coupés au couteau. il ne porte pas la barbe, mais il ne se rase pas \\
 +régulièrement,​ le bas de son visage est donc moucheté de noir. Il n'est pas petit.\\
 +Il n'est pas imposant. Il semble profondément épuisé. Il est nu. Il rampe.\\
 +Il n'aime pas la musique, il raffole cependant du bruit qu'​elle fait.\\
 +"pa! pa! pa! pa! pa! tchak... pa! pa! pa! pa! pa! tchak..."​\\
 +Il transpire, Ça lui colle à la peau. Il transpire, il se sent.\\
 +"Un bruit sourd, ça hurle à tâtons. "\\
 +La phrase est belle. Il la répète.\\
 +"Un bruit sourd, ça hurle à tâtons."​\\
 +On l'​attaque d'un nœud à la gorge. Il s'​assèche. Il boit. Il boit trop. Il tangue.\\
 +Il gravite, il oblique à droite, à gauche. Il se retourne, il se détourne. Il tourbillonne.\\
 +Il tombe. Il a la tête sur un oreiller. Il se love. Dormir d'un sommeil lourd, sans rêves.\\
 +Il expire.\\
 +\\
 +\\
 +\\
 + //​Debout,​ sur les nuages,\\
 + Il entend au loin les cris.\\
 + Les vivants font des ravages,\\
 + Lui n'est pourtant pas parti.\\
 +// \\
 +\\
 +\\
 +Ça bouge. Il bouge. Il ouvre les yeux. Il s'​assoit sur son lit, il rejette la vieille \\
 +couverture. \\
 +"​-Debout. \\
 + ​-pourquoi?"​\\
 +Tranchante question, réponse inutile.\\
 +Il se lève, s'​habille sans hâte visible, à tâtons, dans l'​obscurité.\\
 +"​marche maintenant, arrose-toi."​\\
 +Il se dirige vaguement, il effleure l'​interrupteur. \\
 +Flash. Il ferme les yeux brusquement,​ puis les rouvre avec prudence. Il suit, la narine \\
 +frétillante l'​odeur du café chaud. \\
 +"​Bois."​ \\
 +Il se réveille. il mange un morceau. Il avait faim. Il veut déposer le plateau dans le \\
 +couloir, le room service doit le récupérer. Il a du mal à sortir. Il transpire de peur. Il \\
 +suinte l'​angoisse.\\
 +"Plus tard."​\\
 +Il abandonne.\\
 +Il s'​abandonne à côté du balcon de la chambre. Il se complaît. La chambre, c'est la \\
 +sécurité. Il rit, seul. Inspiration. Mal canin. Il hume le vent à sa fenêtre. \\
 +"​Insoumis,​ cris!"​. \\
 +S'il était vivant? \\
 +Il allume une cigarette, il doit le faire quand il regrette.\\
 +\\
 +\\
 +\\
 + //​Expire,​ ça fume.\\
 + ​Souvenirs.\\
 + Hume le désir,\\
 + ​Mange-brume.//​ \\
 +\\
 +\\
 +\\
 +Il est avachi, vautré, il baigne dans l'​absence. Il désire, il a besoin de s'​alimenter. \\
 +Il dort, se réveille, ça aurait pu tout aussi bien durer quelques heures, quelques \\
 +minutes. Levé, il vit à ressort le maximum de ses efforts. Il saute, s’aplatit,​ se \\
 +propulse, s'​accroupit.\\
 +"Un batracien!",​ il rit.\\
 +Il prend le combiné, à côté de la porte d'​entrée. Il compose le numéro du room \\
 +service. 036.\\
 +"​Chambre 49, à manger. Pardon? peu importe. Ce que vous voulez."​\\
 +Il raccroche et il court se cacher. Il n'aime pas les gens. Ça lui fait peur. Avant Il\\
 +n'​avait pas peur. Il avait des amis, des connaissances,​ une tolérance avancée, oh les\\
 +mondanités. Avant.\\
 +\\
 +\\
 +\\
 + //​Sous le lit,\\
 + ​Monstres étranges\\
 + ​Assailli,​\\
 + Le dérangent;//​\\
 + \\
 +\\
 +\\
 +Je cours à travers la ville. Je sors du centre, je m'​oriente vers l'​ailleurs. Je dépasse \\
 +les derniers magasins. Je pars. Je suis rapide et je ne m’arrête pas. J'​aurais dû mettre\\
 +des baskets, mes chaussures me font mal. Je suis pressé. Je passe devant un véhicule\\
 +de police. Je marche. La voiture disparait, je galope. j'ai mal au ventre, aux tripes. Je me\\
 +sens mal. J'ai un point de côté. \\
 +"​Respire."​\\
 +Je stoppe, me plie en deux. J'​empoigne mes tibias et je souffle. Je ne peux plus être faible.\\
 +Oh, la tentation d'​abandonner. Je souffle deux fois pour une seule inspiration. Ça passe.\\
 +J'aime m'​entendre respirer, je me sens proche. Je repars. J'​augmente progressivement \\
 +la taille de mes foulées. Je traverse la ville, je traverse les rues. Des pneus crissent,\\
 +on m'​insulte. J'​arrive. On me donne ce que je veux. Ils connaissent ma situation.\\
 +Un des types m'​apostrophe.\\
 +"Vous devriez tout garder sur vous, on ne sait jamais."​\\
 +Je ne sais jamais. Je dis oui et je me barre.\\
 +\\
 +\\ 
 +\\
 + //​Dans l'​ombre bleue\\
 + Il guette,\\
 + Il s'​allume sa \\
 + ​Cigarette.//​\\
 +\\
 +\\
 +\\
 +C'est rentré, il est terrorisé. Il écoute. Des bruits de pas retentissent. Cling. ça a posé \\
 +le plateau repas. Il entend. Ça se meut. Ça referme la porte. C'est parti. Il n'​entreprend \\
 +aucun mouvement, pas encore. Il bouge finalement, alerte, un animal craintif, il mange. \\
 +C'est bon.\\
 +Il se relâche. le petit déjeuner, deux croissants, un jus d'​orange,​ un café, dégouline. \\
 +"Ca chute dans l’œsophage."​\\
 +Il rit, il s'​étouffe. Il crache.\\
 +Il bouge.\\
 +Il s'​installe. Sur une chaise, il classifie les voitures. Il distingue les passants. \\
 +Il peinçotte. Il codifie ses couleurs. Sévèrement,​ il ne se distrait pas.\\
 +Il analyse ses desseins.\\
 +Le bleu.\\
 +Il se ballade. Sous ses pieds, l'​herbe est sombre. Il fait nuit, il fait jour, aucune idée. \\
 +S'il savait. Le ciel est noir, les nuages gris. Le soleil distille son halo bleuté. Il est \\
 +électrisé,​ l'air est humide. Il heurte un arbre à l'​écorce brulé. Le feuillage est tranchant. \\
 +Il s'​effeuille. Lentement, il se dénude. Des relents ambrés, jolie couleur, se bousculent.\\
 +Il gémit.\\
 +Il sombre.\\
 +\\
 +Il recule, Il ne comprend rien. Il n'a pas le choix, il n'est pas fixé. Il change vite, il ne \\
 +se goûte qu'une fois, à chaque fois.\\
 +Plan. Un appartement délabré, un squat peut être, dix, douze écrans de télévison,​ ils sont \\
 +allumés. Zoom. Ils grésillent. la neige, les premières neiges haute définition,​ successions \\
 +de points, trainées de poudre blanche, noire. Ça frétille.\\
 +De-zoom. Il est là, entouré par la masse en mouvement. Il presse sa tête les yeux ouverts. \\
 +Il neutralise la vision.\\
 +Il se casse.\\
 +\\
 +Les yeux secs, il est à découvert. Le toit du bâtiment est pentu.\\
 +\\
 +\\
 +Accident de décompression.\\
 +\\
 +\\
 +\\
 +// Je souhaiterais quitter le monde,\\
 + Un dernier vers au ventre\\
 + Peut être sans remuer l'​onde,​\\
 + Sans m'​enfuir,​ sans attendre.\\
 +//\\
 +\\
 +\\
 +Ainsi il resta là, allongé, embué dans sa respiration. Un rythme ternaire. \\
 +Inspiration,​ expiration, douleur. \\
 +Le diaphragme large, le diaphragme presse, ça fait mal apparemment. Un \\
 +simulacre d’immobilisme. Il pensa.\\
 +
 +« Avant j’étais deux. J’ai souvent été double. Maintenant je suis seul. »\\
 +\\
 +Rythme ternaire. Merde.\\
 +
 +« J’étais moi, je suis je. Un jeu rapide, incisif et précis entre soi et ses \\
 +aspirations. A priori tu vas mourir. C'est terminé. Tu te tutoies maintenant. »\\ 
 +\\
 +Inspiration,​ aspiration.. Tu ne sais plus trop.\\
 +\\
 +Tu lèves la tête, le pied. Tu sembles observer le plafond. Tu pourrais te \\
 +concentrer, et dans un élan dramatique, crier, te tordre, agir. On se \\
 +souviendrait de toi. On parlerait de toi, on pleurerait, peut-être. Un concours,\\
 + à qui jouera du trémolo le plus larmoyant. Tu imagines. Une remise des prix. \\
 +Tu pourrais dire quelque chose.Tu pourrais expliquer. \\
 +Tu souris. Tu pourrais.\\
 +Mais tu t’en fous, t’es bien. Tu dors.\\
 +\\
 +\\
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 +\\
 +------
 +Noé Tir - Mai 2010
jesuisdansunbuilding.txt · Dernière modification: 2013/10/10 01:08 par noetir