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Collaboration & Résistance

L'objectif de la page est de mentionner les points pour lesquels nous souhaiterions fortement que vous adhériez si vous êtes amené[e]s à collaborer avec nous. Ces points illustrent certains de nos partis pris idéologiques, et les clarifier pourrait nous éviter quelques soucis pratiques qui peuvent survenir lors de la balade du fruit de notre effort commun.

Pourquoi est-il inutile de produire sans idéologie ? Car l'idéologie fait partie de la production ! Nous ne produisons pas “des images”, “des textes” ou “des sons”, nous produisons “des images représentatives de quelque chose”, “des sons désagréables”, “des textes critiques”, autrement dit, le fond est inséparable de la forme1). Le politique a bien des aspects, et TRANSPARAIT NÉCESSAIREMENT, même derrière sa façade esthétique, ne serait-ce que par la démarche de production. Nos réflexions nous ont ainsi amené à avoir certains acquis sur la manière de traiter nos productions, et nous trouverions gênant de devoir les rompre. Cela dit, au delà des non-prises de position ou des divergences, la collaboration reste un effort sur terrain commun, ce qui lui donne toujours de la légitimité pour être menée.

Politique du prix

A quelques exceptions près (précision car il est arrivé que ça ne soit pas le cas) les alboums et autres trucs sont vendus à prix libre, sans volonté de profit. L'objectif n'est pas nécessairement de “rentrer dans ses frais”, mais de suivre une démarche qui simplifie l'accès à nos productions, tout en donnant l'occasion à nos acquéreurs de laisser une rémunération (ce qui peut soulager ceux et celles parmi nous qui éprouvent quelques difficultés financières).

On indiquera souvent le “coût de revient” (matière + prix des services utilisés pour la production de l'objet) lorsque nous les mettrons en vente.

Politique des droits d'auteurs

Comme dit dans notre article dédié au sujet, nous n'avons pas envie d'attacher nos productions à des droits, donc au copyright, ce qui inclue le copyleft et les licences libres.

D'une part, les productions artistiques sont parfois illégales. D'autre part, si elles ne sont pas illégales, elles contiennent des éléments soumis à des conditions de réutilisation qui obligent l'artiste à utiliser le plein copyright pour son oeuvre (exemple: certains logiciels et pack de samples).

Selon les façons de produire de chacun.e (du dessin, de la synthèse audio, un mix…), libérer une oeuvre pleinement du copyright demande une connaissance du légal et une invraisemblable rigueur.

Si nous ne pouvons pas extirper des droits d'auteur les oeuvres qui y sont déjà soumises, nous pouvons au moins en extirper la partie pour laquelle nous-mêmes en détenons les droits. Ainsi, nos productions ne se rangent pas bêtement au sein des oeuvres protégées, mais rejoignent la matière publique.

Il s'agit bien du domaine public, et non pas, comme le font beaucoup d'artistes qui ont compris que le plein copyright était trop peu permissif, d'une licence (style creative commons).

Ce qu'on souhaite proposer aux gens, c'est le luxe de n'avoir aucune question à se poser quant à l'usage qu'ils peuvent faire de nos productions.

Ainsi, nous laissons:

  • à l'appréciation du producteur si celui-ci souhaite publier une production qui ne suit pas au poil de cul près le protocole légal
  • à l'appréciation de l'auditeur de juger si cette oeuvre enfreint des questions légales et donc de mesurer si celles-ci sont réutilisables.

Que signifie l'adoption du domaine public ?

Il s'agit de renoncer à ses droits d'auteurs, à ses propres intérêts économiques, renoncer au contrôle (de la copie, de la modification, de la vente), et au star-system c'est à dire à l'auteurE2) - youpi.

Quoi ?! Vous autorisez à ce que d'autres détournent ou revendent mes oeuvres et se fassent du pognon dessus ?!

Oui, c'est là qu'est tout l'humour de cette démarche. Nous estimons que ce problème ne trouve pas sa solution dans un domaine d'ordre juridique. Il serait idiot d'interdire, ou pire, de recourir au droit dans ce qu'il a de coercitif pour nous opposer, par exemple, à un usage capitaliste de notre production.

D'autre part, pour la raison mentionnée en introduction, l'oeuvre est elle-même politique, et elle est son propre message. Toute «récupération» (quelle que soit la nature de cette récupération : idéologique, commerciale…) d'un «objet» (qu'il s'agisse d'une idée ou d'une oeuvre) est un non-sens.

Au pire, introduisez des messages subliminaux “ce disque ne doit pas être vendu !” dans vos chansons, c'est ce que nous on fait :P

Suivre le protocole légal a plusieurs intérêts:

  • éviter les risques de poursuite
  • être effectivement titulaire des droits d'auteurs pour mieux s'en débarasser
  • ne pas devoir dissimuler ses sources. Comme type de dissimulation, on pense à l'hyper-déformation des sources, c'est à dire traiter la matière à un point où son origine n'est plus identifiable.

On essayera de laisser quelques pistes sur le “comment” dans notre article sur le copyright. Pour la musique, il s'agit principalement de choisir ses samples avec soin.

Sources & formats

L'oeuvre est un amalgame, mixture dans laquelle les ingrédients de départ ne se retrouvent plus. Mais même dans une soupe les ingrédients ne sont pas toujours méconnaissables. Fournir les sources, c'est à la fois fournir la recette et les ingrédients.

Nous souhaitons donc dans la mesure du possible refiler les sources (les phases intermédiaires de la production du bidule), ça n'est pas obligatoire mais encouragé. Il peut s'agir des fichiers utilisés lors de la production, qui offrent alors des possibilités de remaniement.

Il s'agit, plutôt que de fournir un produit fini; immuable et inaltérable, de reconnaître que nos productions sont toujours inachevées, extensibles, remaniables. En cela, nous pouvons parfois mettre à disposition les sources qui ont permis la réalisation.

Les sources ne sont habituellement pas fournies avec les produits culturels, car la culture fut surtout véhiculée par un modèle propriétaire, restrictif, clientéliste (l'artiste d'un côté, l'auditeur de l'autre), prétentieux (prétention artistique que les oeuvres ne devaient être dénaturées et devaient donc se retrouver dans un format figé), par apolitisme pragmatique (il est d'usage d'utiliser tel support, même si celui-ci signifie l'emprisonnement: un CD Audio est ainsi figé, mais accorde également une grande liberté de copie, distribution et restitution), donc pour des raisons pratiques, techniques et de présentation.

L'oeuvre d'art est bien souvent stupide, car elle se décrete achevée lorsqu'elle est publiée, et signe ainsi sa propre finitude. D'un autre côté, chaque oeuvre est imprégnée d'histoire et de significations, qu'il est possible de déconstruire et de transmettre. Ayant conscience de la valeur de ces sources et le peu d'effort que leur distribution nécessite avec les outils actuels3), nous encourageons leur distribution, et même si elles ne sont pas utilisées ou remaniées par d'autres, elles sont là, et peuvent même avoir un effet de sauvegarde, c'est à dire nous permettre de remanier nos propres productions. Elles laissent également la chance de reprises par d'autres ayant l'intention de faire les choses différemment, ce qui peut être l'occasion d'échanges et d'apprentissage. Elles ont plus de valeur que l'oeuvre, qui n'est qu'une suggestion de présentation, certes estimée aboutie et achevée.

1)
C'est d'ailleurs pour ça que vous n'êtes pas crédible quand vous chantoyez l'anarchie en vendant vos albums à 10 boules
2)
Le droit de paternité, qui fait partie du droit moral, est inaliénable… on ne peut donc pas y renoncer, mais ce droit recouvre la possibilité d'user d'un pseudonyme, ou d'être une oeuvre anonyme. Va comprendre…
3)
A relativiser, car nous pouvons aussi nous sentir un peu à l'étroit dans l'espace numérique dont on dispose
article/collab.txt · Dernière modification: 2015/04/30 00:40 par fab